Lettre à Raphaël

Raphaël,

du 29 août au 4 septembre, mon Tour de France à pied par les chemins de grande randonnée me menait, sur le GR21, du Tréport au Havre, en 7 étapes et 180 kms. Je savais que ton arrivée était imminente, mais ces événements là ne se commandent pas. Déjà un truc pour lequel je suis obligé de te dire  » tu comprendras plus tard ».

Me voilà donc cheminant sous le soleil jeudi 31 août, entre Varengeville/Mer et St Valéry-en-Caux. À Varengeville, j’ai pu admirer le cimetière marin où est inhumé Georges Braque, et les magnifiques vitraux qu’il a créés pour l’église adjacente.

Il est un plus de 15H, et voilà que ton père, mon fils, m’appelle pour m’annoncer LA nouvelle, il est né, c’est un gars, il se prénomme Raphaël , tout s’est bien passé, très vite, la maman, ta maman va bien, je suis heureux, très heureux, je regarde autour de moi et je me dis que décidément il y a des merveilles si on sait les voir. Désormais, ce monde t’appartient aussi, Raphaël.

GR21. Sotteville/Mer

 

 

GR21. Sotteville/Mer

Ces premiers instants de la vie, et heureusement, cela va durer un moment, sont ceux de l’innocence, de la sensibilité et donc de la Beauté. De mon cheminement, en Normandie en ce moment, je te livre l’expérience qu’il faut profiter du beau dès qu’il est là, et tant qu’il est là. Il est des lieux magiques au bord des falaises, parfois une lumière extraordinaire comme  en baie de Somme, mais aussi des parcours de liaison sur le macadam inintéreressants, par exemple contourner les centrales nucléaires de Penly et Paluel. Le beau est rare, il faut le prendre et s’en inspirer dès qu’il se présente à soi.

Je veux te parler aussi de ce qui n’existe pas encore pour toi, qui n’existe d’ailleurs pas dans l’absolu, et qui pourtant guide chacun d’entre nous, voire parfois nous obsède, le temps. On peut l’avoir au poignet avec sa montre, on peut aussi l’avoir sous les pieds en marchant. Je t’explique. Une peu avant Dieppe, le chemin traverse ce que l’on appelle aujourd’hui le Camp de Cesar, et qui est en fait un ancien oppidum gaulois édifié il y a 2 500 ans, sur un plateau surplombant la mer, avec une valleuse qui menait à celle-ci et constituait un port d’échouage ( la falaise s’est effondrée et se trouve maintenant 30 m au-dessus de la mer), le tout ceint par une levée de terre de 12 m de haut sur 3,6 kms, enceinte et fossé existant encore. Des hommes, des femmes, des enfants vivaient là, à l’abri, travaillaient , cultivaient leurs champs, pêchaient, allaient et venaient. Et le plus extraordinaire est que le chemin sur lequel je marchais et qui traversait tout droit cet espace, est le même, oui le même que celui qui traversait cet oppidum il y a 100 générations. Ce temps-là, le temps de ceux qui nous ont précédés, t’appartient aussi désormais, leur histoire, celle-ci particulièrement ou une autre, est ton histoire, elle te fera  tel que tu seras. Comme je te l’ai déjà dit, tu comprendras plus tard…et ce sera ta Force.

Le Camp de Cesar
Le Camp de Cesar
Le Camp de Cesar
Le Camp de Cesar

Tu l’auras compris, notre planète est belle tout autant par ce qu’elle nous offre spontanément que par ce que nous, les humains, donc toi aussi, en faisons. Les éléménts, le vent, l’eau, les tempêtes, les failles dans le plateau calcaire, l’érosion, les forces permanentes et parfois brutales qui animent notre Terre ont fait ces fameuses valleuses de la côte normande. Je peux te dire que ça monte et ça descend, c’est très raide et cela fait mal au jarret. Et oui, la beauté se mérite, et parfois nécessite la force pour l’atteindre.

Valleuse

Avant de terminer, je voudrais te dire que l’amitié est un bien précieux qu’il faut cultiver et préserver. Comme tous les sentiments humains, elle est soumise aux aléas, aux variations, aux passions, aux déceptions. L’amitié apporte souvent de la joie, aussi de la peine, du chagrin de temps à autre. Parfois, brutalement, elle peut ne devenir qu’un souvenir,  une petite boule rouge au fond de ton cœur. Chacun essaie d’entretenir cette petite flamme à sa manière. Moi, pendant ce Tour de France à pied, c’est en photographiant les clochers des villages de France. Encore un truc que je t’expliquerai plus tard.

Raphaël, bienvenue dans l’humanité
Ta naissance est un bonheur, un cadeau qui t’est fait, un moment unique que chacun a vécu, mais dont on n’a jamais ni souvenir ni conscience.
C’est un des mystères de la vie qui nous est donnée, et l’on passe beaucoup de temps à retrouver vainement la mémoire de cette expérience extraordinaire. Quelles que soient les formes symboliques ou spirituelles que l’on approche, ce n’est jamais qu’un pis-aller par rapport à l’expérience fondatrice de notre venue au monde. Ce n’est pas un truc que je t’expliquerai plus tard, seule la Sagesse pourra le faire.

Raphaël, je t’aime déjà très fort, j’espère pouvoir être longtemps pour toi ton Papy marcheur et te raconter de belles histoires. N’oublie pas de dire à ton grand frère que je l’aime aussi fort que toi, et sois gentil, quand tu en auras l’occasion, de lui transmettre cette lettre qui vaut tout autant pour lui.

5 réponses sur “Lettre à Raphaël”

  1. Félicitation au papy ,à la mamie ,au papa et surtout à la maman !
    Merci BERNARD de nous faire vivre ce grand-moment d’émotion avec toi,avec vous. Et merci aussi d.écrire aussi splendidement ces instants magiques : ils sont encore plus beau au travers de ta plume. Et merveilleusement bien accompagnés de photos à rêver.
    On te suit, on te suit……..et on attend de te lire ! ( mais ça , je pense que c’est un truc que tu n’apprendras pas plus tard car tu le sais dėja!)
    Bonne route ami Bernard et à bientôt dans le prochain récit de tes tribulations.
    On espère que la pluie ou le mauvais temps ne perturbe pas trop ta marche et que tu profites un max de tout ce qui peut t’arriver de bien . Bises de dominique et moi.

  2. Mazel Tov.
    Tu ne vas pas à la brith?
    Personne ne t’en voudra de quitter le Tour de France pédestre.
    Je te suggère d’offrir tes chaussures de marche à Raphaël, cela lui fera un souvenir qu’il gardera toute sa vie j’en suis sur!
    Amitiés.
    Hugues

  3. Effectivement, le papy Bernard en aura des histoires à raconter à ce petit Raphaël, certes, il fait le tour de France, mais ensuite, pourquoi ne pas envisager le tour de l’Europe?

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