A la mer!

Petit bilan

Après 48 étapes et 1200 kms du Tour de France à pied par les GR qui m’ont mené jusque Arras fin juin, j’ai fait une longue pause de 7 semaines. Les batteries n’étaient pas à plat, les pieds en parfait état, tout s’était passé comme prévu, ou à peu près, seuls les talons des chaussures demandaient grâce et je leur ai généreusement accordé un passage chez le cordonnier à 22€.

Les paysages, les belles Vosges, la douce Lorraine, la sauvage Argonne, les Ardennes, la Thiérache et ses églises fortifiées, je les ai évoquées dans les articles précédents. On est rarement déçu par ce beau pays, même si de temps à autre cheminer à travers les immenses parcelles uniformes des exploitations actuelles peut être un tantinet lassant.

Les rencontres n’ont pas manqué, d’un instant, de quelques minutes, d’une journée, d’une soirée, toujours plaisantes et riches, à condition de les provoquer. Mais il faut bien l’admettre, il y a aussi des journées entières où il n’y a rien « à provoquer », ni sur le chemin ni à l’étape. Dans ce cas là, on est bien obligé d’aller à la rencontre de cet autre qui sommeille en soi, ce qui n’est pas toujours facile, il est parfois peu enclin à la rencontre et au partage. Mon plus grand étonnement, et aussi  une forme de déception, est que du Ballon d’Alsace à Arras, soit 32 étapes, je n’ai rencontré aucun, je dis bien aucun, randonneur, samedis et dimanches compris. Je ne m’attendais pas sur les GR que j’empruntais à me retrouver sur l’autoroute de Compostelle, mais de là à n’y croiser personne, à ne pas faire un seul kilomètre accompagné, à ne dépasser, croiser personne, je ne l’avais pas imaginé. Ah! Si, un, un jeune Allemand du style « routard-sympa-qui-cherche-sa-voie-intérieure-et-va-à-Compostelle-sans-argent-avec-son-chien ». On a même partagé le gîte communal de Château-Porcien.

A la mer

Depuis Arras, je vais emprunter la Via Francigena jusqu’à la Manche. C’est une célèbre voie historique, le chemin qui menait au Moyen-Age de Canterbury à Rome via le Grand-St Bernard. Bon, moi je le fais dans le sens inverse, je vais peut-être croiser  des Anglais, Brexit or not Brexit, et depuis Wissant, je vais longer la côte jusque la baie de Somme, puis la Normandie et la Bretagne. La mer à ma droite pendant plus de 2000 kms. Pour les quelques semaines qui viennent, pour me suivre ou pourquoi pas m’accompagner, je vous indique mon itinéraire

DATE ÉTAPE Kms N°GR
PICARDIE
49 14-août Arras/Ablain St Nazaire 20 145
50 15-août Ablain/Bruay la Buissière 27 145
51 16-août Bruay/Auchy aux Bois 28 145
52 17-août Auchy/Wisques 37 145
53 18-août Wisques/Licques 35 145
54 19-août Licques/Guines 16 145
55 20-août Guines/Wissant 21 145
56 21-août Wissant/Boulogne sur Mer 29 120
22-août REPOS
57 23-août Boulogne/Camiers 25 120
58 24-août Camiers/Berck 26 120
59 25-août Berck/Le Crotoy 32 120
60 26-août Le Crotoy/St Valery sur Somme 14 route
61 27-août St Valery/Le Tréport 27 route
28-août REPOS
NORMANDIE
62 29-août Le Tréport/Berneval 22 21
63 30-août Berneval/Varangevillesur Mer 22 21
64 31-août Varangeville/Ectot 30 21
65 01-sept Ectot/Sassetot 25 21
66 02-sept Sassetot/Yport 27 21
67 03-sept Yport/Criquetot 26 21
68 04-sept Criquetot Eneval/Le Havre 28 21
05-sept REPOS
69 06-sept Le Havre/Tancarville 27 route
70 07-sept Tancarville/Bervile sur Mer 29 route
71 08-sept Berville s Mer/Pretrevile 25 223
72 09-sept Pretrevile/Trouville 30 223
73 10-sept Trouville/Dives sur Mer 26 223
74 11-sept Dives/Ranville 23 223
75 12-sept Ranville/Fontaine Henry 24 223
13-sept REPOS
76 14-sept Fontaine Henry/Longues 35 223
77 15-sept Longues /Vierville sur Mer 30 223
78 16-sept Vierville /Grandcamp 17 223
79 17-sept Grandcamp-Maisy/Carentan 34 223
80 18-sept Carentan/Utah Beach 21 223
81 19-sept Utah Beach/Montebourg 28 223
82 21-sept Montebourg/Quettehou 24 223
83 22-sept Quettehou/Cap Levi 28 223
84 23-sept Cap Levi/Cherbourg 28 223
PAUSE 24/09-10/10

Cap au Nord

 



 


De Sedan dans les Ardennes à Sorbais dans l’Aisne, via Charleville, ce sont 7 étapes, 180kms sur les GR 354 et 122, à travers le plateau crayeux du Nord de la Champagne et le bocage de la Thiérache. Déjà 965 kms parcourus en 41 journées de randonnée sur le Tour de France à pied par les GR. Les villages sont toujours aussi vides d’activités pour la plupart, et la campagne est silencieuse. Ce silence de la campagne d’aujourd’hui m’impressionne. Ce n’est pas le vide, tout est cultivé, les villages habités, et souvent jolis, mais pas de vaches qui meuglent, pas de chiens qui leur aboient après vu qu’elles sont en étables, pas de basse cour, donc pas de caquètements et de coqs chantant, peu d’exploitations, elles sont si grandes, donc peu de mouvements de tracteurs ou d’engins, même les éoliennes, contrairement aux idées reçues, sont silencieuses. Comme souvent, ce que l’on ressent n’est jamais une vérité absolue, et la Thiérache, pays de bocage où les bêtes pâturent pour satisfaire aux exigences de l’AOP Maroilles, m’a fait retrouver des viellles images de la campagne d’antan.

Un peu d’Histoire….

Dans beaucoup de villages de la Thiérache, qui s’étend sur l’Ouest des Ardennes et le Nord de l’Aisne, on trouve des églises fortifiées. Elles datent pour la plupart des XVième et XVIème siècles, à une époque où cette région faisait frontière entre la France et les Pays Bas espagnols, puis fut le théâtre de terribles affrontements pendant les guerres de Religion ( Guise, la ville des Ducs de…. est là, entre autres ). Alors que les bandes de soudards de Charles Quint, puis les fanatiques des deux camps religieux, ravageaient la région, les communautés villageoises  n’avaient pas la protection de seigneurs, peu nombreux par ici, et se trouvaient donc à la merci des exactions, sans hommes d’épée pour les défendre. Ils ont donc, avec une grande maitrise de l’art défensif, bâti des églises fortifiées, véritables petits châteaux forts avec donjon et tourelles, dans lesquelles les habitants se rassemblaient en attendant que ça se passe. Il y a plus de 60 édifices dans la région.

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A François

Dès que mon projet de Tour de France à pied par les GR a pris forme, j’en ai parlé à mon pote François. On avait toujours des foules de choses à se raconter lors de nos petits cafés du lundi matin, mais là, y’avait de la matière. La première mouture de mon itinéraire me menait dans le sens des aiguilles d’une montre, Vosges, Jura, Alpes……Pyrénées…….Normandie………Paris. Et François de me dire, et me redire, je suis sûr que c’est possible dans l’autre sens. Et moi de lui dire, et lui redire, non, j’ai tout calculé, c’est impossible. Et puis l’idée de partir de Nancy pour arriver à Paris a cédé le pas au projet tel qu’il est de Nancy à Nancy, et là, c’était possible de tourner dans les sens contraire des aiguilles d’une montre. Content, il était content François, aller, tope là camarade.

Je lui avais également dit que je voulais prendre systématiquement une photo, quel que soit l’endroit où je me trouverais, intéressant ou pas, à heures fixes, en l’occurrence à 10H, 12H, 14H, 16H, 18H. L’idée est d’avoir des moments de France quelle que soit la météo  et la saison. Une photo à 12H dans les Vosges en mai, ce n’est pas la même chose qu’une photo en Bretagne en novembre. Ouais, d’accord me disait-il, mais tu devrais trouver autre chose, pas à la place, mais en plus. Un truc qui existe partout, mais qui est partout différent, ou pas. Lui qui prenait beaucoup de photos, il avait le goût du détail insolite, pris en gros plan, hors contexte, et qui prenait tout son sens par lui même.

Lors de mes premières étapes, pensant à François, je cherchais quel contenu mettre dans sa suggestion. Je voulais du simple, de l’accessible, pas le truc qui t’oblige à faire un détour ou traverser un village juste pour photographier la Mairie par exemple. Alors je me suis mis à photographier les panneaux d’entrée ou de sortie de commune, beaux symboles de la règlementite aigüe de notre cher pays, puisque le modèle est unique, Code de la Route oblige.

Je me suis rapidement lassé, d’autant que souvent le GR arrive dans un village sans passer par la case « panneau ». Et puis l’étincelle s’est faite dans ma tête, tout à coup j’ai vu ce qui est l’évidence, ce qui fait la France, les clochers. Bon Dieu mais c’est bien sûr, dans chaque village un clocher, donc chaque village identique de ce point de vue, mais chaque clocher est différent. Désormais je photographie chaque clocher, et à chaque clocher je pense à mon pote François. Je suis certain que l’idée lui aurait plu, même s’il m’aurait dit, oui….mais tu pourrais….

En passant par la Lorraine…..


avec mes chaussures, rencontré aucun Capitaine, avec mes chaussures dondaine, oh, oh, oh, avec mes chaussures. Oui, de Domrémy à Sedan, en 8 étapes, 235 kms sur le GR714 et le GR14, je n’ai rencontré aucun randonneur, pas même de marcheurs du Dimanche. Cela n’enlève rien à la joie d’avoir déjà fait 33 étapes et 785 kms de mon Tour de France à pied par les GR qui maintenant va me mener à travers la Thiérache et l’Artois jusqu’à la Manche ( je tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre ).

De Domrémy à Sedan, à travers les Vosges, la Meuse et les Ardennes, j’ai cheminé dans le Barrois et l’Argonne, une Lorraine paisible et bucolique, une  Lorraine de forêts et de rivières qui en faisaient une région industrieuse. Là une verrerie, là une forge, là il y a encore peu une fabrique de meubles. Et parfois un vestige vivant, comme à Abainville où surgit d’un passé de 150 ans un site qui fut d’abord une forge, et depuis 1905, une graniterie. Elle compta jusqu’à 100 ouvriers, il en reste 10, et surtout, oui surtout, au milieu de la campagne, ils subsiste la cité ouvrière, encore totalement habitée, construite dans l’esprit paternaliste de l’époque. La dame que j’ai rencontrée, 77 ans, est née dans la cité, et son frère  durant toute sa vie professsionnelle n’avait qu’à traverser la rue pour embaucher, en passant devant la grosse maison bourgeoise du propriétaire.

La Lorraine, c’est une terre d’Histoire, de mémoire longue, voire très longue, une terre cabossée, encore trouée par endroits, une terre dont les sillons ont été abreuvés de sang, une terre de monuments et de nécropoles, une terre de villages détruits en 14-18 dans l’Argonne, ou en 1940 dans les Ardennes et à Sedan. Et ce qui est étonnant, c’est que de ce passé, les gens d’ici en parle, comme Monique qui m’a raconté son évacuation sur une charrette en mai 40, ou Jean-Marie , né après guerre, me parlant des combats autour de sa ferme jusqu’au 10 juin 40, alors que les Allemands étaient déjà à Rouen.

 

Et maintant, place à la musique……

l’étape à Evres, au gîte-espace culturel-salle de spectacles Anes Art’Gonne fut le moment fort de cette séquence. Au milieu de rien, car en Meuse, et particulièrement en Argonne, même si on est prêt de tout, on est souvent au milieu de rien, donc à Evres-en-Argonne, il existe un lieu un peu magique. Il y a les ânes pour faire des randonnées, le gîte pour gîter, une salle d’exposition et de spectacle aménagée dans la grange, et surtout des activités, un festival en août, et la semaine dernière le Festival des enfants. Pour des centaines de gamins sur 3 jours, il y avait le conteur Chyck Polhit accompagné de Thiphaine Wary, Vianney et Augustin Ledieu, ainsi que le couple de chanteurs Christian Paccoud et Armelle Dumoulin. Et moi dans tout ça? Et bien jeudi soir, c’était barbecue pour les adultes, amis de l’association, curieux, les artistes ET le randonneur de passage.

Je rappelle que pour voir les vidéos, il faut cliquer sur les liens ci§dessous

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