P’têt ben qu’oui

Avant d’entamer le parcours devant me mener de Grandcamp-Maisy à Cherbourg en 6 étapes, je penchais plutôt du côté p’têt ben qu’non à propos de la Normandie, surtout après la traversée de la Basse Normandie. Pour tout dire, le manque de « vraies » rencontres et le côté touristique commençaient à me peser. J’ai beau savoir que le Tour de France à pied, c’est aussi cela, parfois les pas, même sur le plat, sont rendus moins légers. Mais, et c’est le propre d’une aventure en partage, il ne faut jamais désespérer, rester attentif, curieux et ouvert, et au final réaliser que la Normandie possède un sacré atout dans sa Manche, et que donc, p’têt ben qu’oui!

2 857 000….

2 857 000 pas, soit 2 000 kilomètres parcourus, est le seuil que j’ai franchi le 20 septembre entre Montebourg et St-Vaast la Hougue. Arrivé à Cherbourg pour la fin de cette séquence de randonnée au long cours autour de la France, j’ai donc 2 070 kilomètres à mon actif en 84 journées  de marche, soit, pour vous éviter de faire le calcul, au risque de vous tromper, environ 25 kilomètres par jour. Il ne me reste donc plus que 6 400 kilomètres et 281 étapes pour boucler le Tour de France par les GR et revenir faire un clin d’oeil à Stanislas le Bienfaisant. Aller, ça devrait l’faire….

La Manche, atout vert

Bon, il était dit qu’après le jour de repos à Grandcamp, le « Jour le plus long »  n’était pas encore fini, il restait Utah Beach, Carentan, Ste-Mère-Eglise et son-parachutiste-accroché-au-clocher-qui-est-resté-sourd-à-cause-des-cloches. Et toujours en moi ce sentiment d’émotion et d’admiration pour tout ce qui a été réalisé ce 6 juin 1944, et les jours d’après, mélangé à l’agacement de ce tourisme mémoriel et tout ce qui tourne autour, un musée à 7 euros l’entrée par plage ou village, un café à 2 euros à Utah Beach, de la bimbeloterie, la vie quoi….

Bien évidemment, le Cotentin ne se résume pas au 6 juin, il est même une très agréable surprise, un pays de bocage, de polders, de cette nature qui n’est en fait  que le fruit du travail incessant des hommes pour assécher les marais, désaliniser les sols, entretenir les  digues et les canaux, une région où les prairies sont grasses et vertes, où à mi-septembre on fait la troisième fenaison de l’année, où les vaches pâturent pour approvisionner notamment la coopérative d’Isigny, vous savez le fameux bon beurre, une région où à part les terribles destructions de juin et juillet 1944, les nombreux villages sont toujours restés à l’abri des guerres et de leurs ravages, où les fermes sont souvent grandes et en granit, les manoirs nombreux, un pays auquel les gens sont très attachés, souvent présents depuis des générations. Et puis il y a la mer, celle bien sûr où l’on se baigne, fait de la voile, de la planche, du paddle, du canoë, mais surtout la mer dans laquelle on pêche, en professionnel ou en amateur, avec ces ports, Grandcamp, St Vaast, Barfleur où l’on trouve bar, araignées, homards, coquilles, sans compter les huitres et les moules.

Les clochers, bien sûr!

Comme un fil d’Ariane

de Grandcamp à Cherbourg, en passant par St-Clément, St-Foxel ou Gouberville, ils étaient Normands, de toujours ou d’adoption, mais aussi Américain ou Sud-Africains, on a parlé 10 minutes, 1 heure, une soirée, qu’importe, je prends à chaque fois un petit peu de chacun en essayant de leur donner un petit peu de moi-même. Chacun emporte ce qu’il veut, ce qu’il peut,  aucune importance, aucun enjeu.

Bénédicte et Arnaud sont le fil d’Ariane de cette semaine. Rencontrés le vendredi 15 dans un bistrot de Grandcamp où se produisaient deux guitaristes rock/blues, assez exceptionnels au demeurant, on a échangé en toute simplicité pendant cette soirée musicale et conviviale. Le lendemain après-midi, j’ai bu un verre avec eux et leurs amis Cécile et Thierry. Jusque-là rien que de finalement très banal, si ce n’est que Bénédict et Arnaud  m’ont proposé de m’accueillir chez eux à Cherbourg le vendredi 22.

 

A St-Clément, tout près d’Isigny, c’était Journée du Patrimoine. Dans cette église, Guillaume-le-Conquérant, qui n’était encore que le jeune duc Guillaume pourchassé par ses comtes vassaux, trouva refuge au début de son règne vers 1045. Ce monument est restauré patiemment par une association qui tenait stand ce jour-là pour les visiteurs, et il semble que j’étais le premier à midi passé.

A Montebourg, juste à côté en fait, à St-Floxel, j’ai fait étape à la Ferme de la Guinguette. Une maison d’hôtes comme on souhaiterait qu’elles le soient toutes, non pas tant pour le confort qui est tout ce qu’il y a de plus satisfaisant, pas tant non plus pour les lieux, une ancienne ferme au bâti parfois très ancien, que d’abord et surtout pour l’accueil chaleureux, simple, attentif de Françoise et Francis avec lesquels j’ai passé une soirée où j’ai appris mille choses sur la Normandie et les Vikings, sur les Irish-wolf-hund qui ont, dit la légende, éradiqué les loups en Irlande, et qui ressemblent furieusement aux chiens ornant  certaines scènes de la tapisserie de Bayeux, et aussi sur ………mais ce serait trop long.

 

Et donc vendredi 22, suivant le fil d’Ariane, ou plutôt de Bénédict, je suis arrivé à Cherbourg en fin d’ après-midi. Petit coup de téléphone, comment allez-vous, comment vas-tu, hein? c’est mieux, je suis près de la Mairie, pas de problème je passe te chercher vers 19h30, ça marche, je vais me balader pour découvrir un peu la ville et prendre quelques photos. Et ce qui fut dit le 15, fut fait le 22, un grand merci à Bénédict, Arnaud et leurs quatre enfants, Mao, Marie, Anne et Briac de m’avoir si gentiment accueilli chez eux avant mon retour à Nancy pour une pause dans mon Tour de France à pied par les GR.